Entrevue de l’ALNU avec le Ministre du Développement Durable et des Infrastructures sur le changement climatique le 16 septembre 2010 (version pdf).

La Communication Nationale du Luxembourg sur le changement climatique.

Le Ministère du Développement Durable et des Infrastructures a publié au mois de février 2010 pour la première fois une Communication Nationale du Luxembourg dans le cadre du Protocole de Kyoto sur le changement climatique et d’une nouvelle Convention au sein des Nations Unies. Antérieurement, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations Unies avait écrit un rapport dans lequel une diminution des GES d’au moins 30% au cours de la période 1990-2020 était estimée être nécessaire pour les pays développés afin de maintenir l’augmentation moyenne mondiale des températures à 2 degrés au cours de ce siècle. En décembre 2009, le sommet mondial des Nations Unies sur le climat à Copenhague (COP15) au Danemark n’avait pas pu aboutir à un accord mondial concret et réalisable. Or, le prochain sommet (COP16) a lieu au mois de décembre 2010 à Cancun au Mexique, alors que les négociations préparatoires en cours semblent toujours piétiner.  

Dans ces circonstances incertaines et difficiles, une entrevue sur l’analyse de la Communication Nationale a eu lieu le 16 septembre entre le Ministre du Développement Durable et des Infrastructures, M. Claude Wiseler et M. Eric De Brabanter de la Direction des Affaires Internationales du Ministère ainsi que les représentants de l’Association luxembourgeoise pour les Nations Unies (ALNU) MM. André Rollinger, Arsène Millim et Louis Oberhag. Cette Communication inclut aussi bien les résultats et statistiques sur l’évolution des émissions de gaz à effet de serre (GES) jusqu’en 2008 que les projections des GES et de nouvelles actions de réduction jusqu’en 2020.   

Un document de l’ALNU a été remis au Ministre sur l’analyse de la situation actuelle au Luxembourg et en Europe, l’urgence face aux observations sur le terrain concernant les évolutions climatiques, les recommandations récentes des experts des Nations Unies, les mécanismes flexibles de développement, le dossier du Danemark et les projections des GES jusqu’en 2020 pour le Luxembourg.  

Il a été constaté que les efforts du Luxembourg ont permis d’aboutir à des résultats fructueux jusqu’en 2009 avec une baisse des émissions de gaz à effet de serre (GES) estimée à 9% pour la période 1990-2009. Cependant le transport routier a pris une proportion prépondérante dans la répartition des GES par secteur d’activité avec un pourcentage de 52%. M. Wiseler a souligné qu’il faut apprécier ces données dans le contexte d’une augmentation au cours de cette période de la population de 30% et du nombre de frontaliers de 100.000 personnes. Il faut savoir aussi que la mobilité constitue un facteur clé dans un environnement économique international de plus en plus concurrentiel. 

L’urgence d’une action renforcée au niveau mondial.

Les observations scientifiques sur le recul massif des glaciers dans les Alpes durant les 15 dernières années laissent présager que le climat constitue une urgence à l’échelle de la planète. Selon les experts des Nations Unies, à défaut d’un effort accentué avec des mesures plus fortes en faveur de la protection du climat, la planète risque de subir une nette détérioration des conditions climatiques avec des conséquences néfastes irrémédiables.   

Les principaux pollueurs en GES de la planète sont la Chine, les Etats-Unis et les pays de l’Union Européenne. M. Wiseler exprime ses réserves sur des engagements fermes et nets de la part de la Chine et des Etats-Unis, alors que les pays développés ayant adhéré au protocole de Kyoto ont souscrit à de tels engagements. Cependant, il estime aussi que les Etats-Unis tout comme la Chine disposent d’une grande capacité à mettre en œuvre rapidement des progrès technologiques qui leur permettent d’améliorer leur bilan en GES. Il est signalé de la part de l’ALNU que les Etats-Unis ont fait un premier pas en publiant aussi une Communication Nationale sur l’évolution de leurs GES depuis 1990 selon le schéma du protocole de Kyoto. Face à ces deux grands blocs, l’Union Européenne devrait constituer un front plus homogène et plus solide, en diminuant les disparités entre les pays membres par une certaine harmonisation de leurs stratégies politiques ayant un impact sur le climat.

Une approche globale, qui associe plus étroitement le climat et l’énergie, paraît nécessaire. Un groupe international d’experts vient de remettre un rapport au Secrétaire général des Nations Unies sur le lien entre l’énergie et un futur durable. Un rôle primordial y est attribué à une utilisation efficace de l’énergie dans son ensemble.  

Les projections et les mesures futures au Luxembourg concernant les gaz à effet de serre.

Au Luxembourg, les projections de la Communication nationale à l’horizon 2020 ne sont guère encourageantes, puisqu’elles prévoient une augmentation continue du total des GES au Luxembourg même dans le meilleur scénario incluant de nouvelles mesures. Pour un pays comme le Danemark, ces mêmes prévisions sont orientées nettement à la baisse.

Le ministre signale qu’un pacte national pour le climat et le développement durable avec un plan d’action national de réduction des émissions de CO2 est en train d’être élaboré. Dans le secteur prédominant du transport routier toujours en expansion, une extension du transport public au delà d’un pourcentage de 25% n’est guère réalisable. Il faut savoir aussi que les rentrées fiscales des accises sur les carburants d’un montant de 1,5 milliards d’Euros constituent une part importante des recettes de l’Etat. Des pertes fiscales élevées dans ce domaine entraineraient une augmentation sensible de l’endettement global que le Luxembourg ne peut pas se permettre. Dans le domaine de l’aviation, un accord au niveau européen vient d’être conclu. Des quotas d’exploitation seront fixés pour les compagnies aériennes au delà desquels des contributions financières seront dues.      

M. Rollinger invoque la nécessité de la conception d’une politique à moyen terme conséquente et globale sur le climat et l’énergie par une réduction progressive des GES dans tous les secteurs au Luxembourg sur la base d’une combinaison efficace entre les mécanismes de marché, les énergies renouvelables et une efficacité énergétique accrue. Dans ce contexte, une suggestion concerne une certaine harmonisation au niveau européen des taxes environnementales sur les différentes catégories d’énergies fossiles par une diminution progressive des écarts de taxation entre les pays de l’Union Européenne dans des étapes clairement définies. Il y aurait un certain impact budgétaire échelonné dans le temps sans une chute brutale des recettes fiscales dans ce secteur. En ce qui concerne les subventions de l’Etat pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, le calcul du montant d’un subside devrait être orienté plus systématiquement sur la réduction effective en tonnes de CO2 de chaque de demande de subvention introduite. 

Un portail Internet, consacré spécifiquement au climat et à l’énergie, permettrait d’offrir au public un espace de sensibilisation global sur l’importance de ces deux domaines et leur interaction cruciale tout en constituant un point d’accès cohérent à toutes les informations pertinentes qui s’y rapportent.

Les mécanismes flexibles du protocole de Kyoto.

Le Luxembourg recourt au financement de projets internationaux liés aux mécanismes flexibles du protocole de Kyoto pour atteindre les objectifs globaux convenus dans le cadre de ce protocole. Un rapport de la Banque Mondiale évoque les problèmes et les contraintes de ces mécanismes. Le Ministre consent à ce que l’effort primordial de réduction des GES doit être consenti au niveau national. Les mécanismes flexibles du carbone, visant une réduction des GES, constituent un complément au niveau international qu’il s’agit d’utiliser d’une manière mesurée et à bon escient. Un projet d’efficacité énergétique pour des habitations en Estonie vient d’être accepté. De plus, le Ministère va établir un fonds de financement bilatéral du carbone, qui permettra de financer un tel type de projets aussi dans les pays cibles de la Coopération au Développement du Ministère des Affaires Etrangères. Ainsi, le soutien financier du Luxembourg à des pays en voie de développement en Afrique pourra être élargi dans les domaines du climat et de l’énergie à partir de fonds spécifiques du Ministère du Développement durable et des Infrastructures. Dans le cadre du financement du carbone pour un développement durable, le Programme des Nations Unies pour le Développement propose des projets de partenariat sur la base de son initiative ‘MDG (Millenium Development Goals) Carbon Facility’. La régularisation des GES en Afrique deviendra de plus en plus importante alors que le continent devrait atteindre une population d’environ 1.350 millions de personnes en 2025.             

Les répercussions après le prochain sommet mondial à Cancun.

L’ALNU fait la proposition d’une autre réunion avec le Ministre du Développement durable et des infrastructures au premier semestre de l’année 2011 pour évaluer les résultats du sommet sur le climat COP16 à Cancun et l’évolution de la stratégie du Luxembourg en matière de climat et d’énergie.